El Insaf réhabilite la place des grandes figures du pays/El Wely Sidi Heiba

خميس, 03/09/2026 - 20:57

Les visites qui se succèdent dans les sièges des partis politiques ne revêtent pas toutes la même portée. Certaines relèvent des usages protocolaires et des civilités institutionnelles, tandis que d’autres dépassent le simple cadre de la courtoisie et prennent une dimension politique et symbolique plus profonde. Elles révèlent alors une certaine conception du rapport entre l’action politique et la société, mais aussi de la place accordée par l’institution aux figures, aux références et aux valeurs qui contribuent à façonner son identité collective.

L’accueil réservé par le président du parti El Insaf, M. Mohamed Ould Bilal Messoud, à l’érudit El Fakhama Ould Cheikh Sidiya appartient manifestement à cette seconde catégorie. Au-delà du protocole, cette rencontre renvoie à la question plus profonde de la place que les grandes figures spirituelles, intellectuelles et sociales occupent dans la conscience collective et de la manière dont une institution politique peut reconnaître leur rôle, leur influence et le patrimoine de valeurs qu’elles incarnent.

Il ne s’agit donc pas seulement d’accueillir une personnalité éminente au siège d’un parti, mais à travers ce geste, de reconnaître une composante essentielle du capital symbolique du pays et de réaffirmer que l’action politique ne saurait durablement s’affranchir des réalités humaines, culturelles, spirituelles et sociales qui donnent à une nation sa profondeur et sa cohésion.

Dans cette perspective hautement pensée, la rencontre entre le président d’El Insaf et l’érudit El Fakhama Ould Cheikh Sidiya prend une signification particulière. Elle remet au premier plan, dans un contexte politique et social en évolution, la question du rapport entre l’action partisane et les références qui structurent la société. Elle pose également, en filigrane, celle de la capacité d’une institution politique à s’ouvrir à l’ensemble des forces morales, intellectuelles et sociales qui composent le pays, non pour les instrumentaliser, mais pour dialoguer avec elles, comprendre leur rôle et les associer à ce qui relève de l’intérêt général.

C’est précisément ce qui donne à l’initiative sa portée politique et venant d’un parti fortement restructuré pour ne pas rester en dehors de la société. Il ne peut tirer durablement sa légitimité de la seule compétition politique, ni réduire son rapport aux citoyens aux périodes électorales. Sa force va dès lors se mesure à sa capacité à comprendre la société dans sa profondeur, à reconnaître ses références, à écouter ses voix d’expérience et à établir des passerelles avec les personnalités qui contribuent à façonner son équilibre et sa conscience collective.

Le président du parti l’a exprimé avec une déférence particulièrement significative en déclarant à son hôte : « C’est un grand honneur pour le parti El Insaf de vous accueillir aujourd’hui et de bénéficier de cette visite généreuse, à laquelle nous attachons une grande importance et que nous considérons avec toute l’estime et toute la considération qu’elle mérite. » Il a également souhaité que cette réception se soit déroulée « dans de meilleures conditions », à la hauteur, a-t-il souligné, « de votre rang éminent, de votre stature intellectuelle, spirituelle et sociale, ainsi que de la place symbolique et de l’influence que vous représentez dans notre société ».

Ces propos ne relèvent pas d’une simple courtoisie. Ils traduisent une reconnaissance explicite de ce que représente la personnalité reçue au-delà de sa personne, une autorité morale, un héritage intellectuel, une influence sociale et, plus largement, une part de cette mémoire collective qui demeure l’un des ressorts de la cohésion nationale.

Dans une société comme la Mauritanie, cette dimension revêt une résonance particulière où le savoir, le fiqh, la mahadra et les références spirituelles ont historiquement occupé une place centrale dans la formation de la conscience collective. Le savant, le cheikh, l’érudit, l’intellectuel, le poète ou la figure sociale reconnue n’ont pas seulement été des détenteurs de savoir ou des personnalités respectées, mais ont également constitué des relais de transmission des valeurs, des médiateurs et, à différentes époques, des acteurs importants de la préservation de la paix sociale.

Reconnaître cette réalité ne signifie pas confondre les sphères religieuse et politique. Il s’agit plutôt de reconnaître qu’une société possède un capital immatériel qui ne se résume ni à ses institutions ni à ses structures administratives, qui est fait de savoir, de mémoire, d’expérience, de valeurs et de références. Une institution politique qui entend agir au cœur de la société ne peut l’ignorer.

C’est dans cette logique que prend tout son relief la déclaration du président d’El Insaf selon laquelle « la venue de Cheikh El Fakhama aujourd’hui au parti El Insaf porte, à nos yeux, plus d’un message ». Il rappelle que l’érudit est « une personnalité influente dans la société », entourée de nombreux adeptes, disciples et élèves, avant de définir l’une des responsabilités du parti à savoir « accueillir les personnalités et les figures influentes, ouvrir ses portes aux grandes références qui disposent d’une présence réelle dans la société et faire de cette présence un pont pour le dialogue, la coordination, l’orientation et le service de l’intérêt général».

La formule est importante. Elle suggère une conception du parti qui ne se limite pas à son rôle organisationnel ou électoral, mais qui cherche à se constituer en espace de dialogue avec les différentes composantes de la société. Elle inscrit la politique dans une relation plus large avec le pays réel, avec ses élites, ses références et ses forces de médiation.

Cette approche prend d’autant plus de sens que les sociétés ne se gouvernent pas uniquement à travers des mécanismes institutionnels. Elles reposent également sur des équilibres sociaux, des traditions de dialogue, des références morales et des figures capables de transmettre la confiance et de contribuer à apaiser les tensions. La politique gagne à les comprendre et à les intégrer dans une vision globale du bien commun, dans le respect naturellement des prérogatives et des responsabilités de chacun.

Le président du parti a également insisté sur cette nécessité lorsqu’il a rappelé qu’El Insaf « repose sur la discipline et la responsabilité » et qu’il a besoin, pour accomplir sa mission, « de coopérer avec les personnalités nationales, spirituelles et sociales qui disposent d’une influence, afin de renforcer l’unité et la cohésion de la société et de servir les objectifs nationaux communs ».

La portée de cette démarche dépasse ainsi la personne de l’érudit El Fakhama puisqu’elle renvoie à une conception plus large du rapport de l’institution politique aux figures qui incarnent, chacune dans leur domaine, une part du patrimoine national. Honorer ces personnalités, c’est aussi reconnaître les valeurs, les expériences et la mémoire qu’elles portent avec elles.

C’est pourquoi rendre aux grandes figures du pays la place qui leur revient ne saurait être réduit à un acte de courtoisie. Il s’agit d’une forme de fidélité à ce qui constitue la profondeur historique et culturelle de la nation. Respecter les hommes de savoir, écouter les voix de la sagesse et reconnaître les références sociales, c’est aussi reconnaître que la construction du présent ne peut faire abstraction des héritages qui ont façonné la société.

La référence aux enseignements de l’islam prend, dans ce cadre, une dimension qui dépasse le seul registre religieux. Elle renvoie à une éthique de l’action fondée sur la sincérité, l’intégrité, la justice, la compassion, le respect de la personne, la préservation de la paix et le service de l’intérêt général. Autant de valeurs qui peuvent contribuer à donner à l’action politique le sens de la responsabilité et la profondeur morale nécessaires à toute entreprise de construction nationale.

Cette dimension apparaît avec netteté dans les propos du président du parti sur les prochaines échéances. Il rappelle que « le pays s’apprête à franchir des étapes importantes » et que « le parti comme l’État sont confrontés à de grandes échéances et à d’importantes responsabilités ». Il souhaite, dans ce contexte, que l’érudit El Fakhama puisse jouer « son rôle connu », notamment par sa capacité à orienter ses adeptes, ses élèves et ses communautés « vers ce qui sert l’intérêt national et renforce la stabilité et l’unité ».

Le propos se prolonge par une dimension concrète, avec l’annonce de prochaines présences de terrain du parti dans plusieurs wilayas. Ces déplacements doivent permettre d’établir un contact direct avec les citoyens, les militants et les sympathisants, de présenter les orientations et les programmes du parti et, surtout, d’écouter les préoccupations de la population. Boutilimit, le Trarza puis le Brakna sont notamment annoncés comme étapes de cette dynamique, dont le président d’El Insaf souhaite qu’elle puisse bénéficier de l’accompagnement de l’érudit, de ses disciples et de ses adeptes.

Cette articulation entre présence politique et relais sociaux qui, loin d’être secondaire, traduit une volonté de rapprocher l’action partisane du terrain et de mieux l’inscrire dans les réalités humaines du pays. Elle montre également que le dialogue avec les références sociales ne se réduit pas à une rencontre symbolique, mais peut devenir un instrument de proximité, d’écoute et de mobilisation autour des enjeux nationaux.

Car une politique détachée de l’éthique risque de se réduire à une compétition pour le pouvoir et l’influence. Une politique éloignée de la société perd progressivement sa capacité à en comprendre les aspirations, les équilibres et les attentes. Et une politique qui refuse d’écouter les hommes de savoir, de sagesse et d’expérience se prive de ressources précieuses pour éclairer ses choix et exercer ses responsabilités avec discernement.

La rencontre entre El Insaf et l’érudit El Fakhama peut dès lors être comprise comme l’expression d’une conception plus ambitieuse du rôle d’un parti politique, être non seulement une structure d’organisation et de compétition électorale, mais également un espace de dialogue national, ouvert aux différentes composantes de la société et capable de s’appuyer sur son capital intellectuel, culturel, moral et social.

Le président du parti a résumé cette ambition en affirmant que « notre objectif à tous est de construire une patrie sûre, cohésive et stable, animée par l’esprit de fraternité et de coexistence, à l’écart des divisions et des discours racistes et haineux », tout en protégeant la société contre les discours et les dynamiques susceptibles de menacer son unité et son harmonie, afin de poursuivre « le développement, la stabilité et la construction d’un État fort et solidement uni ».

Cette vision renvoie à une notion souvent moins visible que les institutions, mais tout aussi déterminante, celle de la symbolique nationale. Les nations ne se construisent pas uniquement par les lois, les administrations et les infrastructures, mais aussi par une mémoire commune, des valeurs partagées et des figures dont l’influence dépasse les fonctions qu’elles ont occupées et les circonstances de leur époque.

Lorsqu’un parti politique rend à ces figures la place qui leur revient, il ne célèbre donc pas seulement des parcours individuels. Il affirme une certaine conception du pays et de son histoire et reconnaît que le respect du savoir, la considération pour la sagesse, l’écoute des références sociales et l’enracinement de l’action publique dans des valeurs partagées constituent des facteurs essentiels de confiance et de cohésion.

La conclusion du président d’El Insaf vient précisément conforter cette lecture en renouvelant à son hôte « les sincères remerciements et la profonde gratitude » du parti, tout en soulignant que sa place est « trop importante pour être réduite à une circonstance passagère ou à des conditions exceptionnelles », avant d’exprimer le souhait de voir se multiplier les occasions de dialogue et de rencontre, « dans de meilleures conditions et avec une présence plus large », à la hauteur de son rang et de la considération qui lui est portée.

Au-delà de la rencontre elle-même, c’est donc une certaine conception de la politique qui se dessine, une politique qui ne se contente pas d’administrer le présent, mais qui cherche à renouer avec les ressorts profonds de la société, une politique qui ne réduit pas les figures nationales à leur influence, mais reconnaît ce qu’elles portent en termes de savoir, de mémoire et de valeurs et qui comprend que l’autorité institutionnelle gagne en force lorsqu’elle sait dialoguer avec l’autorité morale et sociale.

Rendre aux grandes figures du pays la place qui leur revient, c’est finalement rendre à la politique une part de sa profondeur. C’est relier l’institution à la société, l’action aux valeurs, le présent à la mémoire et la responsabilité à la sagesse. C’est aussi rappeler qu’un pays se construit autant par la solidité de ses institutions que par la capacité de celles-ci à reconnaître, écouter et associer les hommes et les femmes qui portent une part de son histoire et de sa conscience collective.