
La présentation du dernier bilan gouvernemental met en évidence une trajectoire marquée par des progrès tangibles, notamment en matière d’exécution des programmes publics et de coordination interministérielle. L’accent accordé à la gouvernance et aux libertés publiques, bien qu’encore tributaire de garanties institutionnelles plus robustes, esquisse un cadre propice à des réformes durables.
La présente analyse s’attache à examiner ces avancées, les défis structurels persistants et les conditions nécessaires pour transformer ces progrès en un impact profond et pérenne sur la vie des citoyens.
Je m’étais déjà penché, avec le souci de l’objectivité, sur la prestation du Premier ministre Moctar Ould Diay devant le Parlement, en proposant une lecture préliminaire des chiffres et indicateurs avancés, sans formuler de jugement définitif sur leurs effets réels. À la lumière d’une analyse plus approfondie des résultats annoncés, il devient désormais nécessaire de revenir sur ce bilan afin d’en proposer une lecture plus détaillée, permettant de mieux distinguer ce qui a été effectivement réalisé sur le terrain, les défis qui demeurent, ainsi que les leviers susceptibles d’améliorer la performance gouvernementale à l’avenir.
Dans ce cadre, le bilan présenté révèle une régularité notable dans le travail exécutif et une amélioration sensible des mécanismes de coordination entre les différents secteurs. Cette dynamique a contribué à la mise en œuvre de plus de 90 % des engagements inscrits dans le programme gouvernemental — un taux qui mérite d’être salué dans l’expérience nationale, notamment au regard de programmes antérieurs marqués par des faiblesses de suivi et un déficit de vision stratégique.
Le discours gouvernemental a également accordé une place centrale à l’axe de la gouvernance, à travers l’adoption de réformes juridiques et institutionnelles, le renforcement des mécanismes de lutte contre la corruption et le renvoi de certains dossiers devant la justice. Si la portée symbolique de ces mesures est indéniable, le véritable défi réside dans leur pérennisation et leur caractère inclusif. La lutte contre la corruption ne saurait en effet se mesurer uniquement au nombre de dossiers traités, mais surtout à la capacité du système à prévenir sa reproduction au sein des cercles administratifs et économiques.
Sur le plan politique, la présentation a mis l’accent sur l’élargissement de l’espace des libertés publiques, l’amélioration de la performance des médias publics et le respect de la liberté d’expression. Cette orientation a contribué à atténuer les tensions observées lors de périodes antérieures. Toutefois, cette ouverture demeure fragile et appelle un renforcement des garanties institutionnelles, notamment en matière d’indépendance de la justice, de neutralité de l’administration et d’égalité des chances dans la compétition politique.
Sur les plans économique et social, les défis restent considérables. Une évaluation objective impose cependant de distinguer entre les contraintes structurelles persistantes et les améliorations relatives enregistrées dans certains indicateurs clés. Les données disponibles font état d’un recul progressif des taux de pauvreté ces dernières années, en lien avec l’élargissement des programmes de protection sociale et l’amélioration des mécanismes de ciblage des populations vulnérables, malgré la persistance de disparités régionales marquées.
Les secteurs de l’eau, de l’énergie et des infrastructures urbaines ont également connu une amélioration notable au cours de la période écoulée, tant en termes de taux de couverture que de continuité des services. Les investissements consentis dans le renforcement des réseaux d’adduction d’eau potable, l’augmentation des capacités de production et de distribution énergétique, ainsi que la réhabilitation et l’extension des infrastructures urbaines - notamment la voirie, l’assainissement et l’éclairage public - ont contribué à améliorer sensiblement les conditions de vie quotidiennes des citoyens.
Ces avancées sont particulièrement perceptibles dans plusieurs centres urbains et villes de l’intérieur, où l’amélioration de l’accès aux services de base a eu un impact direct sur la dynamique économique locale et la stabilité sociale. Toutefois, les pressions liées à l’urbanisation rapide, à la croissance démographique et aux disparités territoriales persistantes soulignent la nécessité d’une planification urbaine plus intégrée, capable d’articuler durablement les investissements sectoriels avec les politiques d’aménagement du territoire.
Dans le domaine de la santé, l’élargissement de la couverture sanitaire et le renforcement des dispositifs de prévention ont contribué à améliorer la préparation sanitaire du pays et à réduire les risques de propagation épidémique. Bien que la qualité des services et l’équité d’accès demeurent des défis structurels, la comparaison avec les phases antérieures fait apparaître une amélioration relative en matière d’organisation et de réactivité du système.
Quant à l’appel au dialogue national, présenté par le Premier ministre comme l’un des axes prioritaires de la prochaine étape, il constitue en principe une opportunité pour aborder les déséquilibres politiques et sociaux chroniques. Toutefois, les expériences passées incitent une partie des élites politiques et de la société civile à faire preuve de prudence, dans l’attente de garanties claires concernant la sincérité du processus, l’inclusivité de la représentation et la traduction effective de ses conclusions en réformes concrètes et mesurables.
Dans l’ensemble, le dernier bilan gouvernemental reflète une trajectoire marquée par une plus grande discipline dans l’action exécutive et une amélioration relative de plusieurs indicateurs clés, autorisant une lecture globalement positive - quoique incomplète - de la performance gouvernementale. Loin de toute logique de déni ou d’exagération, les données disponibles suggèrent que l’amélioration de la planification et de la coordination commence à produire des résultats perceptibles en matière de mise en œuvre des projets et de fourniture des services publics.
Ces acquis, malgré la persistance de défis structurels majeurs, constituent une base sur laquelle il est possible de construire. Ils ouvrent la voie à une transition progressive d’une logique de gestion quotidienne vers une dynamique de réforme plus profonde, capable de transformer l’amélioration des indicateurs en un impact social tangible.
La phase à venir devra ainsi se concentrer sur la consolidation de ces acquis, l’élargissement de leur portée et une meilleure articulation des politiques publiques avec les besoins et les aspirations réelles des citoyens, afin de renforcer la confiance et de restaurer l’espoir en l’avenir.
En conclusion, les progrès réalisés par le gouvernement mauritanien en matière d’organisation administrative, de mise en œuvre des programmes et de préservation d’un niveau acceptable de stabilité sont indéniables. Toutefois, leur évaluation finale reste conditionnée par deux épreuves fondamentales :
-la capacité à traduire les réalisations programmatiques et les indicateurs positifs en améliorations concrètes et perceptibles dans la vie quotidienne des citoyens ;
-l’enracinement des réformes dans une approche institutionnelle durable, les protégeant des fluctuations liées aux personnes et aux circonstances.
C’est à l’aune de ces deux critères que cette expérience gouvernementale sera véritablement jugée, non seulement sous l’hémicycle, mais surtout dans la réalité sociale, territoriale et économique du pays.
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