Les sagesses stratégiques de la mesure présidentielle/El Wely Sidi Heiba

أحد, 09/08/2026 - 19:38

À l’épreuve des évolutions nationales comme des mutations régionales, la conduite du Président de la République, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, n’a jamais démenti une préférence assumée pour la mesure plutôt que la précipitation, pour le dialogue plutôt que la confrontation, et pour la préservation des intérêts supérieurs de l’État plutôt que pour les réactions dictées par les passions du moment.

Cette constance, qui marque les différentes séquences de son action, semble relever moins d’une succession de choix circonstanciels que d’une même philosophie politique de maîtrise des situations, de la préservation des marges de manœuvre du pays et de l’inscription de la décision publique dans le temps long plutôt que dans l’urgence des événements.

Le dialogue comme instrument de stabilité

Le recours au dialogue, notamment lorsqu’il intervient suffisamment tôt pour empêcher les divergences de se transformer en crispations, traduit une conception apaisée de l’exercice du pouvoir. Dans une société traversée par des sensibilités, des intérêts et des visions parfois divergents, gouverner ne consiste pas seulement à décider, mais à écouter, comprendre et rechercher les espaces de convergence susceptibles de préserver la cohésion nationale.

Le dialogue n’est alors ni une concession faite à l’opposition ni un simple exercice de communication politique, car il devient un mécanisme de prévention des tensions, un moyen de désamorcer les frustrations et un levier de consolidation de la confiance entre les différentes composantes de la société.

Il procède ainsi d’une conviction essentielle pour assurer une stabilité durable qui ne se décrète ni ne s’impose que par la seule autorité de l’État. Elle se construit dès lors par l’écoute, l’inclusion et la recherche patiente de compromis.

La retenue comme choix stratégique

Cette même logique de mesure se retrouve dans l’attitude adoptée par le Président de la république à l’égard de l’environnement régional sachant fermement que la Mauritanie évolue dans un voisinage géopolitique particulièrement sensible, où les tensions sécuritaires, les rivalités politiques et les différends peuvent rapidement produire des effets au-delà des frontières.

Dans un tel contexte, résister aux appels à l’escalade avec les pays voisins ne relève nullement d’une quelconque faiblesse, mais relève bien au contraire d’une lecture réaliste des rapports de force et des conséquences que peut entraîner chaque prise de position.

La préservation de la paix et de la sécurité nationales impose de privilégier la retenue, la désescalade et la recherche de solutions négociées, tout en demeurant pleinement attaché à la défense des intérêts souverains du pays. La véritable sagesse politique consiste parfois moins à démontrer sa capacité de réaction qu’à savoir ce qu’il ne faut pas dire, ce qu’il ne faut pas faire et, surtout, ce qu’il ne faut jamais laisser se transformer en problème plus difficile à maîtriser.

L’autonomie diplomatique, un levier de puissance

Cette retenue trouve également son prolongement dans une diplomatie soucieuse de préserver une marge d’autonomie face aux grandes questions qui traversent la région et le monde.

Dans un environnement international de plus en plus polarisé, où les pressions en faveur des alignements se multiplient, conserver la capacité de dialoguer avec tous constitue un atout qui dépasse la simple notion de neutralité. Il s’agit de préserver des espaces de dialogue, de défendre les intérêts nationaux sans se laisser enfermer dans des antagonismes qui ne sont pas nécessairement ceux de la Mauritanie et de conserver, lorsque les circonstances l’exigent, la possibilité de contribuer à la recherche de solutions.

Une telle posture ne signifie ni indifférence ni absence de position, mais traduit plutôt la volonté de ne pas transformer chaque question extérieure en choix irréversible et de préserver à la diplomatie nationale la liberté nécessaire pour agir avec discernement.

Dans un monde où certains alignements peuvent parfois coûter davantage qu’ils ne rapportent, la capacité à préserver son autonomie peut devenir, pour un État de dimension modeste, une véritable forme de puissance diplomatique.

L’équilibre dans la gestion des migrations

La même exigence d’équilibre se retrouve dans la manière de traiter les questions liées aux réfugiés et à l’immigration, qui constituent aujourd’hui l’un des dossiers les plus complexes auxquels sont confrontés les États de la région.

La Mauritanie se trouve au contact d’un espace sahélo-atlantique marqué par les déplacements de populations, l’instabilité et de profondes fragilités économiques et sécuritaires. La gestion de ces flux ne peut donc relever ni de l’improvisation ni de la surenchère.

Elle impose de concilier des impératifs parfois contradictoires à savoir, protéger les frontières sans céder à la fermeture, préserver la sécurité sans perdre de vue la dignité humaine, coopérer avec les partenaires sans renoncer aux intérêts nationaux et répondre aux urgences sans perdre de vue leurs conséquences à long terme.

C’est précisément dans cette capacité à tenir ensemble ces exigences que se mesure la maturité d’une politique migratoire, lorsque la maîtrise des flux devient un instrument de stabilité plutôt qu’une source supplémentaire de tension.

Le réalisme économique et l’autonomisation des citoyens

Cette philosophie de la mesure trouve enfin une traduction particulièrement importante dans le réalisme économique qui accompagne l’action publique.

Une politique durable ne peut être dissociée des capacités réelles de l’État, des ressources disponibles et de l’évolution progressive des capacités économiques et sociales des citoyens. Le développement ne consiste pas seulement à multiplier les engagements ou à répondre immédiatement à toutes les attentes. Il suppose de construire des politiques publiques capables d’évoluer au rythme des transformations de la société, de l’élargissement des capacités productives et de la montée en puissance progressive des citoyens comme acteurs de leur propre développement.

Il y a, dans cette approche, une forme de rationalité économique qui consiste à accompagner les aspirations plutôt qu’à les précéder artificiellement, à adapter les politiques aux possibilités réelles du pays et à faire en sorte que l’amélioration des conditions de vie repose de plus en plus sur l’autonomisation économique des citoyens, la création de valeur et l’élargissement des capacités individuelles et collectives.

La mesure comme doctrine de gouvernance

Au fond, la mesure qui ne constitue pas seulement une manière de gouverner, peut être comprise comme une véritable doctrine de l’action publique, c’est à dire savoir quand agir, jusqu’où aller, quand temporiser et surtout comment préserver, derrière chaque décision immédiate, les intérêts de long terme de l’État.

Dans un environnement national, régional et international marqué par l’incertitude, la vitesse des événements et la multiplication des tensions, cette capacité à résister à l’immédiateté peut devenir un avantage stratégique.

La prudence, lorsqu’elle est éclairée par une vision et soutenue par la fermeté nécessaire à la défense des intérêts nationaux, n’est pas l’absence de décision, mais est une manière de décider autrement avec le souci de ne pas compromettre demain par une réaction d’aujourd’hui.

C’est bien là que réside l’une des principales sagesses de la mesure présidentielle qu’i laisse entrevoir qu’il ne faut jamais confondre la force avec le bruit, la fermeté avec l’escalade, ni la décision avec la précipitation.